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le monde vu de mon salon. Musique, guitare et cinéma.

28 avril 2007

Lady Sings the blues - Billie Holiday

lady_sings_the_bluesExtrait : «Papa et maman étaient mômes à leur mariage : lui dix-huit ans, elle seize ; moi, j'en avais trois. Maman travaillait comme bonne chez des Blancs. Quand ils se sont aperçus qu'elle était enceinte, ils l'ont foutue à la porte. Les parents de papa, eux, ont failli avoir une attaque en l'apprenant. C'étaient des gens comme il faut qui n'avaient jamais entendu parler de choses pareilles dans leur quartier à Baltimore. Mais les deux mômes étaient pauvres, et quand on est pauvre, on pousse vite.»

C'est ainsi que débute ce récit autobiographique de Billie Holiday, tendu de bout en bout, écorché comme l'a été cette voix à nulle autre comparable ; un témoignage sur une existence faite d'épreuves que ponctuent le viol, la misère, la prostitution et la prison, la drogue et l'alcool... et, toujours, le racisme. Un des plus beaux textes de musicien, qui dit comment brûler sa vie dans une Amérique blanche.

Extrait :
« ...Il y a maintenant des jeunes qui veulent savoir d'ou vient mon style, comment il a évolué, etc… Je ne sais que leur dire: si un air vous émeut, il n'y a pas à faire évoluer quoi que ce soit. Il suffit que vous ressentiez quelque chose, et quand vous le chantez, les gens ressentent la même chose que vous. Pour moi, ça n'a rien à voir avec le travail, l'arrangement ou les répétitions.
Qu'on me donne une chanson qui me prend aux tripes et il n'y a pas de travail qui tienne. Il y en a même quelques-unes qui me bouleversent tellement que j'ai du mal à les interpréter, mais ça c'est une autre histoire ... »

Une sensualité débordante

Contrairement à nombre de vocalistes (de jazz ou pas), Billie Holiday n'a jamais cherché à travailler la performance purement technique, de même qu'on ne peut vraiment la qualifier "d'acrobate vocale", même si jusqu'aux environs des années 40, elle s'en fut montrée capable; sa voix quelque peu dérangeante par son aigreur et emportée par sa spontanéité s'est en effet parfois livrée à des écarts périlleux...

L'art vocal de Billie Holiday se situe ailleurs; ce qui frappe d'abord, c'est sa sensualité débordante et une expressivité peu commune.
Elle a fait de sa voix un instrument capable de donner vie aux mélodies les plus ordinaires, un outil à les remodeler pour mieux servir son discours.
Cette sorte d'irrespect envers les paroles et les mélodies est élevé au rang d'art à part entière tant il répond exactement à la nature même du jazz.

Le déclin de Billie Holiday?

Il est vrai qu'à partir des années 50, sa santé déclinant, Billie devint moins "performante" techniquement parlant: tessiture altérée, perte d'agilité... nombre d'arguments qui ont conduit certains à rejeter son oeuvre à partir de cette époque et à ne pas mesurer combien son expressivité gagne alors en profondeur.

Tout l'art de Billie Holiday réside maintenant dans ce combat total qu'elle doit livrer au texte et à la mélodie, intensément, corps et âme, chaque prestation devenant un drame gigantesque et bouleversant: son drame...

Cette réalité dramatique qu'elle vit au jour le jour, les souffrances, les épreuves, ne font qu'accroître l'intensité émotionnelle qui habite chacune de ses prestations, émaillées de dérapages, failles et évanouissements, bien au-delà de la recherche de performance vocale pure.

Pour toutes ces raisons, je pense pour ma part qu'il serait bien réducteur de n'appréhender l'oeuvre de Billie Holiday qu'à partir de considèrations purement techniques et fort dommage d'occulter ainsi toute cette période qu'on a qualifiée parfois de "déclin de Billie".

C'est en écoutant ses derniers enregistrements que je suis devenu un passionné de Billie Holiday... je ne l'ai plus jamais écoutée comme avant.

Je vous invite également à lire l'excellent article de Wikipedia sur la Chanson Strange Fruit

Posté par pentaminor à 11:51 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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