13 juillet 2007
This is Spinal Tap
Confession: pedant des années, j'ai eu honte. Moi, l'érudit du rock.. Je n'avais pas vu Spinal Tap... Et chaque fois que le sujet tombais dans une conversation, j'étais obligé de quitter l'assemblée sous les huées de la foule et de fuir sur un autre continent et de me faire refaire le visage pour réapparaitre en France l'année suivante. Puis j'ai eu une idée insensée : J'ai acheté le film et je l'ai regardé!
«It's such a fine line between stupid, and clever.»
-David St. Hubbins, Spinal Tap
La parodie est un genre trop souvent mal exploité, à l'humour redondant versant régulièrement dans la facilité. Sans lui décerner le titre de chef-d'oeuvre, force est d'admettre que l'hilarant This Is Spinal Tap de Rob Reiner règne en roi et maitre sur cette contrée de la comédie où les imposteurs font la loi. Toutes les déformations possibles du terme documentaire s'appliquent à Spinal: il s'agit d'un «documentaire» du format «rockumentaire». Il s'agit donc d'emblée d'un classique dans l'histoire de l'utilisation de néologismes dans la critique cinéma-tro-graphique. Si la comédie culte de Reiner fonctionne bien, c'est qu'elle témoigne non seulement d'une érudition remarquable par rapport à son sujet mais aussi d'une affection réelle pour l'univers qu'elle s'amuse à humilier sur la place public. Que le spectacle commence!
Nigel Tufnel (Christopher Guest), David St. Hubbins (Michael McKean) et Viv Savage (David Kaff) sont les principaux membres de Spinal Tap, légendaire formation britannique qui donne dans le rock & roll poilu et misogyne à souhait. C'est au cours d'une tournée en Amérique du Nord en 1982 que le documentariste Marti DeBergi (Rob Reiner), maniaque de longue date de la formation, décide de réaliser un journal de bord de cette tournée. Mais Spinal Tap est un groupe déchu, à la dérive, dont les jours de gloires sont choses du passé. Ils sont arrivés à l'âge des tournées au Japon et des projets solos mais persistent à faire la promotion d'un nouvel album, Smell The Glove, dont seule la pochette sexiste à souhait fait parler d'elle.
De Led Zeppelin à Whitesnake en passant par Black Sabbath, c'est l'établissement hard rock britannique des années soixante-dix en entier qui subit le traitement Spinal Tap. Le film s'attaque avec vigueur et un brin de méchanceté à toute la prétention, l'insignifiance et au ridicule consommé de cette période pompeuse de l'histoire du rock. Mais derrière le commentaire sur la nature infantile de cet univers nourri à la testostérone et à la philosophie bidon se cache un hommage au vrai rock ainsi qu'une suite de références bien aiguisées aux nombreux exemples de démesure absurde qui en parsèment la fascinante histoire. En fait, toute cette farce inspirée transpire tout de même une affection réelle pour son sujet aussi primitif puisse-t-il parfois paraitre.
Presque entièrement improvisé, le film enchaine les dialogues truculents à un rythme surprenant compte tenu de la manière dont il a été tourné. C'est pourtant cette spontanéité qui confère au film de Reiner son énergie. Il n'est pas surprenant que le film ait atteint le statut d'oeuvre culte par excellence: les personnages sont hilarants et bien campés, les situations comiques constamment mémorables et l'esprit de la cible rendu à merveille. Il faut voir le légendaire solo de guitare de Tufnel pour le croire, où tout bonnement l'entendre vanter le mérite de ses amplis faits sur mesure qui «montent jusqu'à onze» ("up to 11").
Comble du bonheur, les chansons interprétées par les comédiens eux-mêmes s'avèrent des pastiches réussis dont les textes multiplient les idioties et les jeux de mots accrocheurs. Tandis que les segments musicaux de la plupart des films de cette veine sont interminables et franchement ennuyeux, This Is Spinal Tap s'en sert pour souligner la caricature avec force. En fait, des pièces telles que Sex Farm, Big Bottom et Stonehenge sont si crédibles que plusieurs spectateurs crurent réellement à l'existence du groupe lorsque le film fit son apparition en salle.
Depuis, les acteurs responsables de cette parodie ont participé à plusieurs projets similaires. Best in Show s'amusait aux dépends de l'univers de la compétition canine et le réussi A Mighty Wind faisait une visite chez les folkies, mais This Is Spinal Tap demeure un sommet inégalé pour cette bande d'humoristes improvisés. Il devint beaucoup plus difficile pour un groupe de rock de se prendre au sérieux après le film de Reiner, mais plusieurs experts s'entendent pour dire que le portrait absurde qui y est dressé n'est pas trop loin de la réalité. This Is Spinal Tap condense en une heure et demie de pure comédie toutes les erreurs de parcours que pourrait commettre un groupe rock. «As long as there's, you know, sex and drugs, I can do without the rock and roll.»
Spinal Tap
signifie « ponction lombaire » en anglais, ce qui parodie les noms de
nombreux groupes à consonance industrielle ou médicale. La lettre « n »
porte un tréma, en Unicode (Spin̈al Tap), mais certains navigateurs n'affichent pas le caractère correctement.
Le tréma sur le « n », parodie le tréma (umlaut heavy metal) que l'on retrouve notamment dans les noms de groupes suivants: Motörhead, Mötley Crüe, Queensrÿche, et Blue Öyster Cult. Le « n » surmonté d'un tréma ne se trouve que dans le langage Jacaltec au Guatemala, et dans la langue Malgache.
Liens externes
- (en) Site officiel du film.
- (fr+en) Spinal Tap sur l'Internet Movie Database.
- (fr) Spinal Tap sur Allociné.
05 juillet 2007
The pick of destiny
Je vous ai souvent parlé de Tenacious D "the greatest band in the world" ici, et j'ai fait un excellent article sur les films rock.
The pick of destiny est enfin sorti en france, une sortie "technique", peu de salles (4 à paris) un film qui risque de tenir l'affiche 1 semaine (hier séance de 22h00 nous étions deux dans la salle).
Tenacious D in « The Pick of Destiny » vous propose de suivre l'épopée quasi biblique ayant amené à la création du plus grand groupe de Rock du monde entier : Tenacious D. Préparez vous ainsi pour quatre vingt dix minutes menées à un train d'enfer avec pour guide un Jack Black au meilleur de sa forme. Tel un Diable de Tasmanie qui n'aurait pas eu son quota de grattes nerveuses, l'acteur balaie tout sur son passage en compagnie de son acolyte, le placide, mais non moins tordant, Kyle Gass qu'on jurerait tout droit sorti d'un épisode de King of the Hill. Qu'il s'imagine en Big Foot ou subisse un entraînement musical particulièrement douloureux et physique, Jack Black détourne les codes de la success story à l'hollywoodienne avec une frénésie qui n'a d'égale que sa décontraction... ou comment atteindre la pomme dorée de la consécration par les chemins les plus détournées et anarchiques qui soient.
Toute comédie qu'elle soit, Tenacious D in « The Pick of Destiny » est aussi et surtout un film sur la musique, la vraie. Délaissant les grands gorilles poilus et les avances d'une Kate Winslet en manque d'amour, le « petit gros » le plus déjanté d'Hollywood revient à ses premières amours en nous offrant une véritable ode au rock qui fait mal et secoue le cerveau de grand-mère ! L'occasion pour le groupe de nous offrir de purs moments de musique alliant sens de la mélodie et de la déconne avec des titres aussi symboliques que The Government Totally sucks ou Classico qui permet à Black et Gass de livrer une version somme toute personnelle des grands standards de la musique classique. Elevés aux fucks et autres shit de bonnes alois, les refrains de Tenacious D risquent bien de faire remonter les slibards des plus pudiques d'entre vous !
Pour peu que l'on adhère à l'humour bordelique du trublion de Rock Academy et ses privates jokes (guettez les caméos (Ben Stiller en vendeur de Guitare assez chevelu, Tim Robbins (voui voui) en étranger gothique, et autres Meat Loaf et R.J DIO)), le film se révèle souvent drôle et diablement décomplexé. Toutes proportions gardées, Tenacious D in « The Pick of Destiny » pourrait bien se targuer d'être le Dumb and Dumber du rock illustrant parfaitement l'adage : « plus c'est con, plus c'est bon ! »
Bonne surprise donc pour cette "comédie musicale" potache, totalement écrite par un Trio d'enfer (le comique Jack Black et les deux hardos Kyle Gass et Liam Lynch) qui, pendant une heure et demi, nous propose un voyage débile, vulgaire, cool et musicalement réussi.
Amis du Rock et de l'humour con, jetez vous sur cette perle du genre, vous n'en serez pas déçu... si vous le voyez en V.O !
je n'ose même pas imaginer ce que peut être la VF....
13 juin 2007
The Killer - John Woo - 1987
Jeff (Chow Yun-fat) tueur à gages, tue et ne fait jamais dans la dentelle (en moyenne: 15 tués pour une cible/contrat). Au cours d'une de ses "missions", il blesse accidentellement une jeune chanteuse, Jenny (Sally Yeh) qui devient à moitié aveugle. Il s'en retrouve tout attristé et noue avec elle une romance. Il accepte un dernier contrat afin de réunir l'argent nécessaire à l'opération qui permettra à Jenny de recouvrer la vue… Pendant ce temps, ses commanditaires chargent son meilleur ami Sidney (Kong Chu) de l'éliminer tandis qu'un policier, l'inspecteur Li (Dany Lee) se lance à ses trousses…
Probablement que le film a mal vieilli... à sa sortie (1987) le film semblait déjà hors du temps, même un peu ringard.
Malgré tout ses défauts, les dix premières minutes sont époustouflantes: vision d'église, sanctuaire du tueur, avec plans répétitifs en contre-plongée sur la croix et colombe blanche virevoltant parmi les centaines de cierges! (toutes les obsessions de John Woo sont là... Je vous mets au défi de trouver un film de John Woo sans église, temple et colombes.) Ce symbolisme religieux très pesant se retrouvera tout le long du film. Le thème même du film (la rédemption) est chargé de christianisme (un peu lourdingue parfois)
A la manière de celui qui, visiblement, lui sert souvent de modèle: Martin Scorcese (plus fin). Même foi, mêmes thèmes (rédemption, amour fatal, amitiés viriles), mêmes personnages (gangsters), mêmes violence extrême, même goût pour les armes à feu et les "gunfights" (moins aérien chez Scorsese). A l'arrivée, même "morale" très personnelle: les méchants ont en fait tout pour être des gentils et c'est ce sacré destin qui est vraiment pourri. Alors, bien sûr, l'ex-méchant nouveau-gentil meurt parce que depuis Jésus Christ (référence absolue de rédemption réussie) il faut mourir pour renaître…
THE KILLER est un film religieusement obsédé…
Deux exemples parmi d'autres: Jeff et ses attitudes christiques lorsqu'il se fait retirer les balles dont son corps est régulièrement farci… Et le plus beau de cet habillage limite sulpicien se trouve dans la scène finale, lors de la tuerie générale (un gunfight cépusculaire de 15mn) dans l'église: une statue de la vierge est touchée par un projectile et vole en éclats. Tandis que le méchant est associé à l'idée d'antéchrist, les visages de Jeff et Li semblent se décomposer devant ce terrible événement/symbole…
La grande différence entre Scorcese et Woo est que le premier possède un vrai regard personnel, reste fidèle à lui-même de film en film mais sans pour autant se répéter à l'identique. Et que sa violence (souvent insoutenable) est très rarement "esthétisée". Dont acte pour lui. Woo, à l'inverse, ne fait que reprendre d'autres idées, d'autres plans en les poussant à l'extrême (Scorcese, Peckinpah, Melville…) et y ajoutant sa "patte" maniériée. THE KILLER en est un parfait exemple: Woo se montre incapable de filmer cinq minutes sans nous gratifier d'un ralenti, même très bref, comme un besoin compulsif.
John Woo recycle donc les classiques. Jeff se transforme en "homme à l'harmonica " (toujours sur fond d'église), bonjour Sergio Leone. L'abus des ralentis vient aussi de là, mais parfois tellement systématisés qu'ils en perdent toute leur signification. Le principe de bon nombre de scènes d'action est toujours le même: montage alterné montrant un côté en vitesse réelle et l'autre au ralenti.
"Mon tueur n'est pas un personnage contemporain. Il appartient à une époque héroïque, une époque de légende, quand on avait de vraies raisons pour tuer." (interview avec John Woo, avril 91 rapporté par Bérénice Reynaud dans son indispensable "Nouvelles Chines, nouveaux cinémas", éd. Cahiers du Cinéma, 1999).
Si le film est basé sur le thème de la rédemption, il l'est aussi sur celui de l'amitié "contre-nature" entre le tueur et le flic. Les deux faces de la même médaille, une autre obsession de Woo.
Notons aussi en passant que le réalisateur imprègne cette relation d'un non-dit homo-érotique!
J'aurais la gentillesse cependant de ne pas m'attarder sur la musique de fond dont même le pire des supermarchés ne voudrait pas. (problème récurrent des films de Hong-Kong)
Chow Yun-fat est excellent. Son nom dans le film (Jeff) renvoie bien sûr très directement à un autre tueur à gages, Jeff Costello alias Alain Delon dans Le Samouraï de Jean-Pierre Melville (1967) que John Woo cite d'ailleurs très explicitement au début du film et qui lui a servi d'évidente inspiration.
14 mai 2007
Spider
Court métrage Australien. Sur les blagues entre amoureux, les araignées en plastiques et les vieilles peugeots Jaunes. Pour les non anglophones, le film commence avec un couple qui se fait la gueule à cause d'une mauvaise farce du mec. A VOIR ABSOLUMENT!
06 mai 2007
Bird de Clint Eastwood - 1988
Il
me semble bien que c'est par ce film-là, vu au ciné à 17 ans, que j'ai
commencé à comprendre que Clint n'était pas seulement un acteur mutique
à la crade clope pendouillante, mais aussi un vrai cinéaste, inspiré et
modeste. 20 ans après, je confirme : Bird
est un très joli film, d'autant que les voies du film biographique sont
jonchées d'embûches que le gars parvient la plupart du temps à éviter.
Non qu'il les évite toutes : le film tombe souvent dans le piège de la reconstitution linéaire, avec une application un peu sage à filmer des jolis décors d'époque, et des costumes un peu trop travaillés.
Bird arrive à être passionnant et émouvant grâce à la direction d'acteurs,
absolument impeccable. Whitaker est franchement au-delà de l'éloge.
C'était au temps où il ne se prenait pas encore pour un acteur, où il
n'avait pas encore trouvé cette démarche chaloupée ridicule qu'il
arbore aujourd'hui comme une marque de fabrique. Très intérieur, il
porte son personnage avec finesse et force à la fois, et les scènes
dans lesquelles on le voit simplement jouer du sax sont parfaites. Là,
on sent réellement ce qui fait la texture du génie de Parker : une
implication mystique, totale, dans les notes et l'improvisation. Même pour des non-fan de Jazz, Eastwood et Whitaker
parviennent à faire passer le message à travers ces scènes simples
et directes. J'ose le dire : on a rarement aussi bien filmé la m
usique.
Ca paraît bête comme chou, mais Clint, par une succession de plans
souples autour de ses musiciens, arrive à en
transmettre le mouvement, amoureusement et intimement.
Il
y a aussi de bien jolis dialogues sur le génie, le professionnalisme,
la destruction de soi-même, entre Bird et Gillespie. Eastwood se permet une très belle parenthèse dans la Sud des
USA, berceau de la musique mais aussi du racisme, en promenant ses
personnages joyeux et colorés dans des paysages inspirés, qui annoncent
déjà le réalisateur de Midnight in the Garden of Good and Evil ou de Unforgiven.
C'est dans cette simplicité-là, comme d'h
ab, que le gars est le plus
touchant. La modestie fait figure chez Clint de génie, et fait un chef d'oeuvre d'un film que n'importe qui d'autre aurait plombé à mort.
Je recommande également la Bio de Charlie Parker par Ross Russell.
Rush Hour 3
A ceux qui seront surpris que l'on parle de Rush Hour 3 sur ce site, je tiens à rappeler que j'ai un fils de 10 ans.
Voici donc ce que l'on apprend dans la bande annonce de Rush hour 3.
- Roman Polanski procède lui-même à des fouilles rectales.
- Paris est une ville peuplée de danseuses gigantesques
- les Français sont bourrés de préjugés anti-américains et n'ont pas une hygiène impeccable
- Yvan Attal avait besoin d'argent et fait désormais le taxi
- on peut faire rire avec des noms d'Asiatiques comme "Yu" et "Mi"
- pour faire rire avec ça, il faut que le spectateur ait moins de huit ans
- quand on organise un combat, ça doit être tourné en dessous de la Tour Eiffel
- un Asiatique ne doit pas s'abaisser à parler français
- la bande annonce française ne devrait pas ressembler beaucoup à son homologue américaine...
http://www.apple.com/trailers/newline/rushhour3/
25 avril 2007
La Couleur de l'Argent (The Color of Money) de Martin Scorsese - 1987
Il
y a comme ça quelques films de Scorsese dont on avait oublié qu'ils
étaient de lui, et qui avaient disparu dans les limbes des années 80.
D'autant que The Color of Money n'ajoute pas
grand-chose à la gloire de Scorsese . Pour certains, C'est même pratiquement un
mauvais film, c'est dire.
D'abord il faut dire que Tom Cruise, à cette époque, est absolument renversant de nullité. Je suis d'accord que son cabotinage est voulu par le personnage, et que ses mines de crâneur, ridicules, sont certainement des indications de Scorsese (on l'espère pour lui). Mais trop c'est trop : on n'a qu'une envie, le voir sortir de l'écran pour pouvoir admirer sa partenaire, Mary Elizabeth Mastrantonio, qui, elle, est vraiment bien. Et puis il y a Paul Newman, en vieux briscard du billard, sans surprise mais assez classe, qui joue à la limite du minimum syndical, mais qui est convaincant. A remarquer tout de même que quand on s'appelle Paul Newman, on n'a plus grand-chose à prouver, c'est pas non plus le rôle le plus difficile de sa brillante carrière.
On comprend assez vite
le (beau) projet de Scorsese : son tournoi de billard ne trompe
personne. Par l'opposition de ces deux générations d'acteurs, il met en
scène deux histoires
du cinéma américain : un cinéma d'esbrouffe, représenté par Cruise, qui à cette époque n'avait guère fait que Legend et Top Gun ; et le grand cinéma hollywoodien, représenté par le même Newman que dans The Hustler.
Belle idée que de montrer ce que le premier doit au second (maîtrise,
artisannat, modestie, travail acharné, acceptation de l'échec, lenteur
de la construction d'une carrière), et de placer le second dans
l'univers du premier (les paillettes de Las Vegas, la rapidité du
montage, l'expressivité forcée du jeu). Newman se fait piler au jeu par
les petits jeunes de la génération montante (Cruise donc, mais aussi
Turturo et Whitaker), mais garde la dignité et la droiture du vieux de
la vieille. En complet déséquilibre dans le monde moderne (le pauvre
doit même jouer sur du Phil Collins, épreuve de titan), il affiche sa
vieillesse avec beaucoup d'humour. Les hauts lieux du billard qu'il
fréquentait dans The Hustler sont devenus des endroits
déserts, ses amours hésitent, ses rides s'agrandissent au fur et à
mesure du film.
Ce qui pose problème,
c'est que Scorsese semble très intimidé par sa star, de même que par
l'énergie incontrôlable de Cruise. Du coup, son génie s'estompe sous
l'admiration, et The Color of Money parait bien terne en regard de ce qu'il sait faire.
Quitte à assister à un combat entre acteurs, autant revoir le bien meilleur King of Comedy du même Scorsese, qui, lui, ouvrait de vraies portes. Peut-être aussi que le billard n'est pas le jeu le plus cinégénique du monde (on a eu de la chance ça aurai pu être du foot ou du poker...).
23 avril 2007
Idiocracy, de Mike Judge (USA, 2006)
Idiocracy, de Mike Judge (USA, 2006), 1 heure et demie Avec
: Luke Wilson, Maya Rudolph et Dax Shepard Scénario : Mike Judge et Etan Cohen
(non pas Ethan Coen des frères du même nom, un autre)
(Spoilers limités)
Un étranger parcourt les Etats-Unis et par ses réactions
étonnées révèle la bêtise de ceux qu'ils croisent. C'est une vision sans
concession de ce que l'Amérique est en train de devenir, produite et distribuée
par la Fox.
Bon, là, on dirait que je viens de résumer
"Borat". Sauf qu'"Idiocracy" n'est pas "Borat". C'est un film tourné au Texas
avec un budget minuscule (les effets spéciaux ont été fournis gratuitement par
Robert Rodriguez et d'autres amis du réalisateur) sorti à la sauvette en
Amérique après des mois de conflit et de scènes retournées à la demande du
studio, finalement désavoué par le réalisateur (qui n'a pas donné la moindre
interview) et qui sort la semaine prochaine en France, probablement pour de
simples raisons techniques.
C'est aussi, très franchement, un des films les plus drôles
qu'il m'ait été donné de voir depuis des années. Il n'est pas pour tous
publics, l'humour est répétitif (ce qui est voulu) mais pour ceux qui sauront
apprécier, l'effort est jubilatoire.
Pour son film suivant, Judge n'a pas cherché la subtilité souvent présente dans "Office Space". C'est au contraire une satire excessive, d'un mauvais goût omniprésent mais, comme je l'ai dit, jouissif. Un Américain moyen sur tous les plans (on l'a choisi à cause de ça et il s'appelle même Joe, comme tout "Average Joe" qui se respecte) est sélectionné pour une expérience d'hibernation d'un an. Evidemment, quelque chose foire et il se réveille au bout de 500 ans. Pendant ces cinq siècles, le niveau intellectuel a tellement baissé que Joe est devenu l'homme le plus intelligent de la planète.
L'arbre généalogique part dans toutes les directions,
Cleavon Jr est lui-même un footballeur décérébré qui promet après un match aux
pom-pom-girls qu'il va "toutes (les) niquer". De fait, quatre
médaillons supplémentaires apparaissent immédiatement sur l'arbre. Pendant ce
temps, le couple BCBG palabre interminablement sur le moment opportun pour
avoir un enfant, le mari se révèle stérile au bout de dix ans et...
Les entreprises du début du XXIème siècle sont devenues
omniprésentes et ont élargi leurs domaines d'activité (leur traitement peu
glorieux est une des raisons possibles pour lesquelles le studio a préféré
faire oublier le film). Les hypermarchés CostCo font également campus
universitaire, les hamburgers Carl Jr récupèrent vos enfants si vous n'avez pas
les moyens de payer, Starbucks a élargi ses activités dans un secteur qui
plaira aux hommes en mal de relaxation après le boulot.
la situation. Seule
chose qui est restée immuable au bout de cinq siècles : Fox News !
18 avril 2007
Harvey (1950) d'Henry Koster
Pas
facile de faire croire que l'on se balade avec un Pooka (un lapin quoi)
de 2m10 partoutoù l'on va, et il faut bien tout le génie de James Stewart, pupille molle,
sourire gentillet, démarche de grand ado, pour réussir ce miracle
d'interprétation; cela demeure d'ailleurs le film préféré de Stewart et
l'on sent un véritable investissement (il a également joué la pièce
pendant 6 mois à Londres) dans ce joli conte de doux barge.
"Ma mère m'avait dit que dans la vie,
il fallait être intelligent ou charmant; pendant 30 ans j'ai été
intelligent puis j'ai décidé d'être charmant". Et le charme fut; si
Stewart fout un peu le
boxon
autour de lui (panique à la maison où tous les invités de sa tante le
prennent pour un dingue, panique à l'hôpital où il parvient à
transformer cet asile en maison de fous (si, si, il y a une
nuance)...), sa gentillesse finit par
irradier tous les gens qu'il touche et il parviendra à former un très
joli couple entre un docteur et l'infirmière (Peggy Dow, craquante),
entre sa nièce et un chauffeur de taxi ou encore à rendre humain le
directeur de la clinique... D'autant que peu à peu la plupart des gens
finissent par voir le Pooka et on serait à peine surpris s'il nous
adressait la parole à la fin du générique. Alors oui, je suis po
forcément super bon public, mais les multiples scènes de
slapstick
comédie ne fonctionnent pas toujours à 100% tant les ficelles sont
grosses, surtout quand le Stewart disparaît du cadre... C'est un peu
dur, je l'admets, mais j'y peux rien si mon âme d'enfant a été quelque
peu pervertie. Koster fait trainer
quelques scènes qu'un Capra aurait
implosé. Mais bon c'est histoire de dire.
La magie Stewart opère et c'est tout de même bien là l'essentiel. En plus les Pooka ont l'air vraiment à la cool.
Disponible en DVD pour une poignée de cacahuètes.
14 avril 2007
Will Ferrell
Après l'article (sérieux) sur "L’incroyable destin de Harold Crick", il est temps de rendre hommage au GENIE de Will Ferrell, qui est malheureusement trop peu connu de ce côté ci de l'atlantique.
La plupart des documents ci dessous s'adressent aux anglophones. Mais putain! je vous assure que ça vaut le détour.
Will Ferrell n'a pas tellement la cote en France. "Présentateur vedette, la légende de Ron Burgundy" n'a eu droit qu'à une sortie technique (le DVD étant d'emblée soldé) et "Talladega Nights" a été carrément annulé malgré la présence au générique de Sacha Baron Cohen (Borat) ou peut-être à cause de sa présence, vu qu'il incarne un pilote de course
rassemblant tous les clichés sur les Français et les homosexuels.
Il semblerait, à en croire l'imdb et Allociné, que le film sortira début octobre (après le festival de Deauville) sous le titre "Les Rois du patin". Date à laquelle tous les amateurs du genre auront déjà récupéré le DVD américain ou anglais.
Sinon, voilà un court métrage avec Will Ferrell, Adam McKay (le réalisateur et meilleur pote de Ferrell) et une actrice qui devrait faire son chemin :
Will ferrell sings at the Oscars ! WOW
envoyé par magnusbaron
Avec Jack Black aux MTV Awards
Sarah M.Gellar,W. Ferrell,J. Black -MTV
envoyé par pinette
Avec Christopher Walken (décidément il ne fréquente que d'autres génies) une parodie de blue oyster Cult
SNL Behind the Music: Blue Oyster Cult
envoyé par imperio_c













