27 juillet 2007
Le blog déménage
ça faisait longtemps que ça me trottait dans la tête! Beaucoup trop de problème d'affichage. "ça vous dérange si je m'ennuie avec vous?" déménage et quitte canalblog définitivement!
Ma nouvelle adresse est : http://pentaminor.typepad.com/pentaminor/
Le site republiera d'anciens articles jusqu'à fin aout : Bonnes vacances!
http://feeds.feedburner.com/pentaminor?format=xml
24 juillet 2007
Auto-référentielle
Le lecteur de cette phrase n'existe que lorsqu'il me lit
13 juillet 2007
Littérature
En rendant visite à mon pote. (oui j'y vais tous les jours!) J'ai découvert ce lien: http://baba.over-blog.net/
Un blog en BD super sympa, d'un jeune papa. Or, le dessin suivant m'a fait mourrir de rire et pousé à vous livrer les secret des Acronymes.
ACRONYMES
L N H O L A O T C O - hélène a chaud elle a ôté ses hauts
G P T Q B C - j'ai pété cul baissé
G HT D CD O BHV, D ACDC, D RXRA - j'ai acheté des cd au bhv d'ac/dc d'eric serra.
GG,1PD, AKCDQOVCDJMJ, CTB1 - Gégé, un pédé, a cassé des cul au WC des JMJ, c'était bien
DD M PT D SL - dédé aime péter des aisselles
Plus joli:
L N R N O P I D D S - hélène est reine au pays des déesses
Littérature potentielle, quand tu nous tiens!
11 mai 2007
Guide à l'usage des pédagogues débutants pour un discours universel.
Grillen° 1:
|
I |
II |
III |
IV |
|
Chers collègues |
La réalisation des
objectifs du programme |
nous oblige à l'analyse et à l'appréciation |
Des conditions
matérielles existantes |
|
D'autre part |
La multiplication
des projets |
accomplit
un rôle essentiel dans la formation |
Des démarches
pédagogiques qui augurent de l'avenir |
|
De même, il faut
noter que |
l'augmentation
constante de la qualité et de l'étendue de notre mission |
nécessite de fait
la détermination précise |
du système
scolaire dans sa globalité comme dans ses particularités |
|
Cependant,
n'oublions pas que |
la structure
actuelle de notre loi d'orientation |
favorise la
préparation et la réalisation effective |
d'une attitude
toujours plus receptive et disponible des enseignants |
|
Ainsi, il nous
faut remarquer que |
le nouveau modèle
de l'activité éducative |
garantit la
participation dynamique d'un potentiel important dans la création |
de nouvelles
propositions constructives |
|
La pratique
quotidienne de la classe prouve que |
le développement
continu des diverses formes d'activités formatives |
remplit des
devoirs indispensables dans la détermination |
des directions
éducatives allant naturellement dans le sens du progrès |
|
il n'est pas
indispensable d'argumenter en détails le poids et la signification de
ces orientations, mais |
la garantie
permanente de la qualité de nos actions formatives et informatives |
permet davantage
encore la création objective |
du système de
formation continue qui correspond à de réels besoins |
|
les expériences
riches et diverses ainsi que |
l'amplification
des hypothèses pertinentes |
ne doit pas
entraver l'analyse de l'importance |
des conditions
appropriées des apprentissages fondamentaux |
|
le souci permanent
de l'organisation et de l'efficacité mais surtout |
la concertation
dynamique entreprise avec de nombreux enseignants |
présente une
tentative intéressante de vérification |
du schéma
d'évaluation retenu |
|
les principes
philosophiques et pédagogiques mais aussi |
le commencement de
l'action générale de changement indiscutable des attitudes |
induit un
processus positif de restructuration et de modernisation |
des formes
d'interventions |
Grillen° 2:
|
Ibis |
IIbis |
IIIbis |
IVbis |
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Chers amis /
collaborateurs / collègues |
l'aboutissement de
nos années de recherches, d'efforts et de travail |
nous permet
aujourd'hui d'être particulièrement fiers |
de notre
entêtement à réussir notre mission éducative |
|
Par ailleurs |
le dévouement sans
failles des enseignants |
garantit
maintenant et demain, la grande qualité |
de nos résultats |
|
C'est ainsi que |
le modèle
d'orientation pédagogique que nous proposons |
favorise
l'acception par toutes les composantes de la communauté socio-éducative |
de nos nouvelles
manières de concevoir la vie à l'école |
|
Mais ne négligeons
pas le fait que |
l'émergence d'un
projet porteur et structuré |
entraîne le
développement et le renforcement |
de la valeur de
nos démarchse et de notre efficacité |
|
Il faut toutefois
signaler que |
la réalité des
contingences administratives et des paramètres sociaux culturels |
passe
nécessairement par l'accroissement |
de nos
responsabilités |
|
Aussi, n'oublions
jamais que |
la puissance, ou
plutôt la richesse de notre rôle de formateurs |
repose sur la
certitude |
d'un engagement
total des ressources humaines et matérielles |
|
Chers ... |
l'avenir qui
repose entre nos mains à tous |
nous appelle au
dépassement permanent |
de nos
potentialités |
les deux grilles qui peuvent
permettre jusqu'à 10 000 combinaisons pour un discours fleuve de près de 40
heures, sont inspirées du " Guide à l'usage des apparatchiks débutants
pour un discours universel". Ce gag étudiant qui démontait les mécanismes
de la langue de bois a été publié, sous le régime communiste, par la très
officielle Gazette de Varsovie. Le quotidien Libération l'a fait paraître dans
son édition du 4 et 5 juillet 1981, depuis cette cocasse recette du discours a
été reprise dans de nombreux ouvrages ( La Petite Fabrique
A chacun maintenant de
l'adapter aux besoins: les manifestations de la langue de bois sont
universelles et touchent tous les domaines de la communication. En voici
quelques exemples:
- Guide du discours du
politicien, du ministre
- Guide du discours du
chef d'entreprise, du gestionnaire, de l'économiste
- Guide du discours du
syndicaliste
- Guide du discours du
philosophe, du socio-psychologue
- Guide du discours du
conservateur d'un musée d'art contemporain
- Etc...
Un travail de repérage des
codes particuliers du jargon au travers des thèmes et des rhèmes afférents à
chaque type de progression thématique, ainsi que la mise en évidence des
archétypes rémanents favorisera la pertinence de la production.
(En voici une illustration!!!)
A visiter
27 avril 2007
Le blues : voyage à la source
Je suis très en retard sur plein de choses. A noel, j'ai reçu en cadeau un magnifique livre (illustré) écrit par l'auteur de Sweet Soul Music, Peter Guralnick. Cet ouvrage fait suite à la sortie en 2004 de magnifiques films documentaires commandés par Martin Scorsese sur la musique blues réalisés par Scorsese lui même, Wim Wenders, Clint Eastwood et d'autres grands aficionados du Blues... Étonnante recherche qui a offert au grand public la possibilité de se passionner à nouveau pour une musique souvent méconnue dont les figures emblématiques sont toutes inoubliables et qui est pourtant la source des musiques jazz, country et rock.
Naïve Livres a choisi de publier l'ouvrage remarquable qui accompagne ces films et retrace, sous l'autorité des spécialistes Peter Guralnick , Robert Santelli, Christopher John Farley et Holly George-Warren, toute l'histoire du blues. Ce livre d'une grande précision propose une approche très accessible en textes courts et articles, et rassemble des articles de fond documentés, de riches témoignages, la vision passionnée des cinéastes qui ont signé ces documentaires, des interviews de musiciens d'hier et d'aujourd'hui (Bob Dylan, Eric Ctapton, Ali Farka Touré...) et des récits d'écrivains (James Baldwin, John Edgar Wydeman...) Il offre un panorama des chansons et - personnages les plus représentatifs de l'histoire du blues.
On y découvre une musique populaire et mélancolique à l'expressivité inégalée, témoin de l'histoire heurtée de l'Amérique esclavagiste et raciste. On y revit les débuts de Ray Charles, les destinées tragiques des grandes chanteuses du blues (Billle Holliday, Bessie Smith, Memphis Minnie, Mae Rinney), la splendeur de ses magnifiques interprètes (Muddy Waters, Memphis Minnie), les excès et errances des musiciens des origines (Robert Johnson, Son House, Henry Thomas, J. B. Lenoir) qui n'ont jamais connu la gloire des stars anglaises qu'ils ont inspirées.
Pour accompagner ces textes, une centaine de documents d'archives et photographies couleurs et noir et blanc, rares et étonnants, l'ensemble rassemblé dans un objet à la maquette élégante qui séduira non seulement les vrais spécialistes du blues, mais aussi ceux qui ont découvert le blues avec la série des films.
« Le Blues, c'est les racines ; tout le reste, c'est les fruits » Willie Dixon.
Cher mais indispensable, faites le vous offrir.
Présentation : Martin Scorsese
Edition de Peter Guralnick, Robert Santelli, Holly George-Warren, Christopher John Farley
Traduit de l'américain par Corinne Juive, Françoise Hayward
Préface de Martin Scorsese
Avant-propos d'Alex Gibney et Chuck D.
24 avril 2007
Une encyclopédie de la guitare électrique
Sortie en novembre dernier, Guitares électriques, l'encyclopédie illustrée en met plein les yeux.
Des livres sur la guitare, il y en a beaucoup. Les ouvrages de qualité se font plus rares. Et ceux dans lesquels on se plonge à la moindre occasion courent encore moins les rues.
"Guitares électriques, l'encyclopédie illustrée" est de ceux-là. Un joli livre de 320 pages, du condensé de pur bonheur agrémenté de 1 200 photographies qui donnent envie de tout acheter.
Les textes sont à l'avenant, ce qui change de 80 % de la production littéraire autour de notre instrument de prédilection. Des centaines de marques de guitares sont présentées avec des anecdotes, des infos techniques jamais ennuyeuses.
Les passionnés y trouveront une agréable façon de muscler leur culture guitaristique. Bonne lecture...
Le prix : 45 euros.
Editeur : Editions de Lodi
16 avril 2007
Bescherelle pratique
Tout le monde connait cet ouvrage, objet de tourment ou de satisfaction... C'est selon.
Le site du Bescherelle propose un outil drôle et indispensable : Le conjugueur.
Vous lui proposez le verbe que vous souhaitez conjuguer et il vous propose toutes ses formes.
le résultat est édifiant.
| enculer | Premier groupe |
Indicatif
|
Présent |
Passé composé |
|
|
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Imparfait |
Plus-que-parfait |
|
|
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Passé simple |
Passé antérieur |
|
|
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Futur simple |
Futur antérieur |
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Présent |
Passé |
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Présent |
Passé 1reforme |
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Passé 2e
forme |
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Présent |
Passé |
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Participe présent |
Participe passé |
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Infinitif présent |
Infinitif passé |
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Gérondif présent |
Gérondif passé |
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- Règle
- Emploi
- Voici la forme générale de conjugaison des verbes en -er
- Transitif
Et ça marche même avec des verbes qui n'existent pas. Ex: empapaouter Subjonctif Présent
- que j'empapaoute
que tu empapaoutes
qu'il empapaoute
que nous empapaoutions
que vous empapaoutiez
qu'ils empapaoutent
- que j'aie empapaouté
que tu aies empapaouté
qu'il ait empapaouté
que nous ayons empapaouté
que vous ayez empapaouté
qu'ils aient empapaouté
- Imparfait
- que j'empapaoutasse
que tu empapaoutasses
qu'il empapaoutât
que nous empapaoutassions
que vous empapaoutassiez
qu'ils empapaoutassent
- que j'eusse empapaouté
que tu eusses empapaouté
qu'il eût empapaouté
que nous eussions empapaouté
que vous eussiez empapaouté
qu'ils eussent empapaouté
Je sais : j'ai des joies simples!
13 avril 2007
"LE BLUES" Stéphane Koechlin (Librio Musique)
un coup de Blues à 10 F... pas cher
Cet ouvrage, comme toute la
série Librio Musique d'ailleurs, se divise en deux grandes parties, la
première traite le thème à proprement proprement parler de l'ouvrage
(ici Le Blues), la deuxième est composée d'annexes : lexique,
chronologie, discographie sélective, bibliographie, et sites internet.
Mais nous avons droit en plus pour cet ouvrage à une préface, signée
par l'inévitable et toujours sympathique Patrick Verbeke. Que dire sur
la préface si ce n'est que c'est du Verbeke. Alors on aime ou pas, moi
j'aime.
Dans "Le Blues"
la première partie se lit comme un roman : il s'agit d'une historique
du blues romancée, qui prend comme points de repères des personnalités
marquantes de l'histoire de notre musique. Et si je parle de roman,
c'est qu'à aucun moment on ne rentre vraiment dans les détails
"techniques" (dates, heures et lieux des enregistrements, musiciens
présents ou supposés présents, température extérieure au studio,
température à l'intérieur du studio, menu du jour au restaurant au coin
de la rue, etc ...) ; S.Koechlin nous dévoile l'histoire du blues, avec
ces "légendes" et tous les petits trucs qui rendent le blues aussi
mystérieux au premier abord, mais sans pour autant tomber dans la
fiction, il ne s'agit pas d'une version écrite de "Crossroads" (le
film). On est tout le long du livre captivé par l'aspect magique du
blues, et même quand on croit déjà connaître tout cela. Alors si les
plus acharnés des "archivistes" pourront trouver ce livre a priori trop
axé sur le "mythologie du blues", je ne peux que leur conseiller de ce
faire leur idée par eux-même : ils risquent d'être fort surpris.
La seconde partie permet d'avoir quelques renseignement précis qui font
peut-être un peu défaut à la première partie (et encore) : une
chronologie avec certaines des dates marquantes, un lexique rapide pour
comprendre un peu mieux le jargon, et une discographie relativement
complète. On s'étonnera cependant de la distinction faite dans la
discographie entre "Le courant Jazzy" qui comprend T-Bone Walker, Duke
Robillard et Boz Sgaggs, et "Le Blues Californien" qui ne comprend que
Charles Brown, mais il s'agit toujours du même problème de
classification. Mais autrement tout est bon à garder !
Nous sommes ici en présence d'un ouvrage à mettre entre toutes les
mains, à prêter et à offrir à "qui-mieu-mieu", surtout quand on
considère le prix ! Pour dix francs, s'en passer est inacceptable,
quitte à faire l'impasse sur son paquet de clope quotidien. Je
conseillerais même de l'offrir accompagné d'une bonne compile de blues
(voire deux, ou même de plusieurs disques de blues) ; car le livre + la
compile = un ou une nouvel(le) adepte du blues ... c'est beau les maths
! ! !
04 avril 2007
CHANSON MODE D’EMPLOI
SANS LE SAVOIR, LE ROCK A ACCOMPLI LE BOULOT DE PLUSIEURS SIÈCLES DE CLASSIQUE. MAIS MAINTENANT? L'ART DE LA COMPOSITION EXISTE-IL TOUJOURS ? A CEUX QUI PRATIQUENT LA MUSIQUE AU LOGIS, PATRICK EUDELINE RAPPELLE QUELQUES RÈGLES AUSSI PERSONNELLES QU'ESSENTIELLES.
Comme naturel est
chez eux (les Beatles) l'usage d'une cadence éolienne à la fin de 'Not A Second
rime' la même progression, exactement, que chérit Gustav Mahler à la fin de ses
chants de la terre
William Mann,
The Times, 27 décembre 1963.
"A
ce jour, je n'ai toujours pas la moindre idée de ce que ce type a bien voulu dire. Cadence éolienne ? Cadence éolienne ? Ça m'évoque des oiseaux. Oui, des oiseaux exotiques. A part ça ..."
- John Lennon,
The Playboy interview, novembre 1980.
Peu de choses, finalement, auront autant fait pour la légende des Beatles que ce commentaire impromptu et flatteur d'un fort célèbre critique musical british, à la veille du Noël 1963. Après cet article, les Beatles n'étaient plus de simples rockers... mais les nouveaux compositeurs du siècle. Le plus drôle, c'est qu'à écouter la fin de "Not A Second Time", on entend... rien d'autre qu'un banal accord de sol suivi d'un mi mineur. Même si, au loin, on croit percevoir George Martin taper un mi plutôt majeur sur son piano en lieu et place du sol attendu. Mais, enfin, pas de quoi fouetter un Beatle. Mais le rock est ainsi fait. Et notre spécialiste ne pouvait en saisir les singularités. Ainsi, plein de morceaux font se suivre sans problème un accord de mi et un accord de ré... Alors que la tonalité générale du morceau est en mi. Pour un musicien classique, il s'agirait d'une fort osée modulation à la sensible, sur le 7e degré bémol de la gamme.
Plus tard, James Brown et le funk firent de cela un principe. On restait sur le même accord tordu et on plantait le clou de toutes les façons possibles. Mais la Sex Machine restait en place, labourait le sol. L'orgasme ? La résolution de l'énigme ? Jamais. C'était du sexe pur et sans fin. Sans détente, ni repos. Depuis, cela n'étonne personne d'entendre un morceau sans ce fameux troisième accord puisque James Brown, et d'autres avant lui (à commencer par Bo Diddley, tiens!), ont popularisé le son. C'est ce qui permit au rap d'exister... On le sait, la pratique des boucles interdit de moduler, de passer à un autre accord, de résoudre. On pose la boucle, on la répète... Et basta ! Cela devrait n'être rien du tout : le génie passé de Brown fait que ça passe. On croit que c'est fait exprès, pour garder la tension. Mais il ne s'agit pas là d'un choix esthétique, d'une volonté... Rien que d'un handicap. Le rap rêve de chansons, au fond, puisqu'il rêve de soul et de R&B, mais il est condamné à ramer dans le même petit bain. Et à tourner en rond. A moins d'abandonner les boucles. Un peu comme ces gens qui font de l'electro parce que... grâce aux logiciels à tout faire, aux aides numériques à la composition, etc, parce qu'ils ne seraient certes pas foutus de faire autre chose ! Et pas pour poursuivre l'oeuvre de John Cage, de Varese ou de Jean-Jacques Perrey. Il est plus facile de recopier à la suite l'une de l'autre cinquante fois la même boucle de trois secondes pompée à Earth, à Wind ou Fire, à qui on voudra, que de concevoir une chanson nouvelle. A l'arrivée, on a trois minutes d'un truc qui ressemble certes à une chanson... Enfin, et pour cause, aux trois premières secondes de "Sex Machine" ou "Mother Popcorn" ou "Trouble" de Marvin Gaye bégayées, répétées à l'infini. Un disque rayé ?Comment dire ? Jack White a un putain de son et de toucher, et quand il part en solo : no probs. Mais quand les gens se lèvent, oui ressentent quelque chose, c'est quand il joue "Jolene" ou "Saint James lnfirmary". Pour moi, Bloc Party ou Franz Ferdinand ne sonnent pas délicieusement eighties... Non, ça sonne simplement mal foutu. Comme ces anciens punks qui découvraient les machines ' imparfaites de ce temps-là et faisaient ce qu'ils pouvaient avec.Comme les Beatles, tiens ! Oui, les Beatles encore et toujours. "Yer Blues" aurait pu être un blues comme un autre. Mais voilà. Ce blues en mi, si Lennon l'avait joué comme tout un chacun, il aurait conclu chaque tour de blues par un si. S'il l'avait tourné plus jazzy, on aurait pu attendre fa#7 et si 7... Mais bon, cela aurait été votre blues prévisible, quoi. Façon Stevie Ray Vaughan, les Fabulous Thunderbirds ou qui on voudra.Trois accords! Et money chords : Commençons par les racines. La source. L'évidence. Tout est affaire de trois accords, au fond. Les trois mêmes vieux accords. Toujours les mêmes quelle qu'en soit la tonalité. Non, il n'y a pas les trois accords du blues. Ou du rock. Ces trois accords, mi-la-si... Ou la-ré-mi, ou do-fa-sol, ou sol-do-ré, ceux qu'on appelle les money chords puisqu'ils suffisent à faire un hit... sont universels. Ils sont là depuis toujours. Enfin, depuis le Moyen Age. Et les troubadours. Depuis qu'il y a des chansons. Et que Bach, le vieux bigot, en a unifié les tonalités avec le clavier bien tempéré. Depuis... Le Clash, Annie Cordy, Throbbing Gristle ou Britney Spears, votre ballade celtique préférée, le funk, Marilyn Manson ou le best of de l'Eurovision que vous écoutez présentement... tout répond à la même logique ! Même par défaut. Celle, donc, des trois accords. C'est - comme le dirait Lennon encore - la première chaise, que ces trois accords -là. Basés sur les trois degrés principaux de la gamme.Au début donc, on l'a vu, il y avait les trois accords, I, IV, V. Joués dans tous les sens. Et puis, partant du blues strict pour arriver à la chanson... on a rajouté un VI mineur (do# mineur pour mi, ou la mineur pour do...) pour ce qu'on appelait l'anatole : la ballade doo-wop, le twist, etc. la chanson, donc ! en opposition aux rocks. dofa-sol pour le blues-rock et le folk, do-la mineur-fo-sol pour la song... Et puis basta ! Le rock des fifties peut se résumer à cela. Quasiment. Douze ou huit mesures, seize quand il s'agissait d'une chanson plutôt que d'un blues, le three chord trick, les trois accords présentés en riff, comme dans "Louie Louie" ou "La Bamba"... Avec, parfois, un pont qui partait sur le fa, revenait au do, concluait au sol avant de repartir sur le couplet...Et puis les Beatles.... inventent le metal moderne le grindcore et Metallica. Oui. Rien de moins. On a coutume de prêter aux Kinks, aux Who l'invention du hard rock... la légende veut qu'en systématisant les principes d'Eddie Cochran et de ses riffs, en jouant le three chord rock façon "Louie Louie" plus lourdement... ils aient donné naissance à toute la suite, de "Born To Be Wild" et "Purple Haze" jusqu'à Metallica (burp) et Slayer ou Slipknot C'est faux. Ceux-là ont popularisé électricité et la distorsion... certes. Mais les suites d'accords, la mélodie, le principe même du hard moderne... Non, encore une fois, le mérite en revient aux Beatles. Qui ont utilisé très tôt le troisième accord de la gamme, en le bémolisant, et l'ont mêlé au non moins osé VI bémol. Oui, c'est cela, les suites d'accord façon mi-sol-la-ré donc ou mi-résol-la comme dans "Back In The USSR". Le rock moderne, depuis Hendrix, Cream est basé dessus...
Et les Beatles l'ont introduit... Oh, Alors qu'en vérité, ré et mi, sur une guitare, en barré... se suivent Et ça vous tombe sous les doigts. Sous les doigts de tous ceux qui ne sauront jamais, pourtant, ce qu'est une cadence éolienne, une cadence évitée, une tierce de Picardie, un sub-médiant, une Napolitaine ou un ostinato, tous ces termes délicieusement exotiques- pour le fait- de la théorie musicale. Le plus drôle, c'est que le rock, ces procédés sophistiqués, il les a tous utilisés.. Comme la cadence éolienne prêtée aux Beatles par notre délicieux cuistre. Simplement, en utilisant d'autres procédés. Que la théorie musicale classique. C'est que le rock, comme le blues bien sûr, est ainsi : un mélange de naïveté, de plans autodidactes. Et, avant tout, de culture de l'idiome, de ses propres racines.
Tout un vocabulaire que chacun se doit de réinventer. Ainsi, de chaque chanson des Beatles, on peut tracer l'origine, depuis Hambourg, depuis leurs premiers émois fifties. On peut déterminer exactement, et certains ne s'en sont pas privés, quelle chanson déjà jouée au Star Club, balbutiée sur le magnétophone de l'oncle de Paul lors de ces fameuses séances de 1960 récemment retrouvées, leur a donné l'idée de telle suite d'accords. On peut deviner le "Moon River" de Mancini qui dort derrière "Yesterday", le "Night And Day" derrière "The Fool On The Hill", Del Shannon, Buddy Holly et Arthur Alexander ou Gene Vincent un peu partout, mais aussi les Olympics ("I Wish I Could Shimmy"... le premier cycle de quintes qu'ils aient entendu), Frank Ifield et "I Remember You", LitUe Eva ou Ritchie Barret, Eddie Fontaine ou les Shadows... Tout ce rock en formation, les Beatles vont l'absorber comme éponges, en transcender chaque trouvaille, chaque proposition. A leur suite, le rock s'est construit Jusqu'aux harmonies tordues de Bowie ou de Randy Newman. Jusqu'à aujourd'hui. Aujourd'hui ? C'est que...
L'art de la Chanson depuis a dû se perdre en route, oui. Quelque part On ne dit pas exactement quand. Depuis que les gens ont pris l'habitude de sampler? Depuis qu'on entend des expressions comme j'ai trouvé une rythmique ou pose ta voix sur mon riff? Depuis que la musique est devenue un truc qui se télécharge sur ordinateur, et un riff rien que quelques barrés enchaînés sur une guitare saturée ou, pire encore, une boucle piquée à quelqu'un d'autre. Piquée ? Allons bon ! Ce serait trop beau : les grands piquent, certes. Ils volent même, comme les Beatles jadis, mais c'est pour réinventer, pour transcender. Quant aux autres...
Sampler, c'est recopier en aveugle. Rien de plus.
Oui. Un autre coupable ...? Les power chords du metal moderne, ou Nirvana. Ou les types qui ont imité ce son, l'ont suivi sans comprendre. A première courte vue, les chansons de Nirvana ne sont qu'une suite d'accords en barrés enchaînés quasi au petit bonheur la chance, en faisant fi, en tout cas, de toute règle harmonique. Et c'est devenu un son. Un son commun, pompé inconsciemment par tout ce que le metal, le hardcore, ce qu'on voudra... peut compter de frères Bruitos. En fait, Cobain, comme les Beatles, transcendait les règles. Des règles qu'il connaissait assez pour se le permettre. Ce qu'il montra plus tard. A l'époque du live unplugged. En reprenant du Bowie ou Leadbelly. Ce qu'il avait prouvé dès le début, avant même Nirvana, quand il jouait des morceaux de Creedence Clearwater Revival avec son groupe de lycée. Mais depuis lui, on ne compte plus les guitaristes qui croient faire une chanson parce qu'ils enchaînent les accords en barré... sur les deux grosses cordes. Cobain, lui, cherchait le risque, le halètement ultime, dans un monde qui en avait déjà trop entendu. En réinventant la vieille loi millénaire de l'harmonie. Et ce n'est pas lui, le coupable. On le verra plus loin. Cela s'est perdu. Oui. Le grand responsable, alors ce fut.. le rap bien sûr ! Ou la techno. Donc ?
C'est que... Il y eut des chefs-d'oeuvre faits d'un accord. Comme "Smokestack Lightnin' ", "Spoonful" ou "The Beat Goes On". Ou de deux accords. Et de rien d'autre. Oh oui ! Des chefs-d'oeuvre. Comme "Shout" des Isley Brothers, "Hey Gyp"... Leur secret ? On attendait un troisième accord qui ne venait jamais. Celui-là aurait résolu l'attente, conclu l'affaire. Non, on restait sur la tension.
Désolé pour ceux qui n'ont jamais touché une guitare, je ne suis pas sûr que ce papier les fascine
Plus tard, James Brown et le funk firent de cela un principe. On restait sur le même accord tordu et on plantait le clou de toutes les façons possibles. Mais la Sex Machine restait en place, labourait le sol. L'orgasme ? La résolution de l'énigme ? Jamais. C'était du sexe pur et sans fin. Sans détente, ni repos. Depuis, cela n'étonne personne d'entendre un morceau sans ce fameux troisième accord puisque James Brown, et d'autres avant lui (à commencer par Bo Diddley, tiens!), ont popularisé le son. C'est ce qui permit au rap d'exister... On le sait, la pratique des boucles interdit de moduler, de passer à un autre accord, de résoudre. On pose la boucle, on la répète... Et basta ! Cela devrait n'être rien du tout : le génie passé de Brown fait que ça passe. On croit que c'est fait exprès, pour garder la tension. Mais il ne s'agit pas là d'un choix esthétique, d'une volonté... Rien que d'un handicap. Le rap rêve de chansons, au fond, puisqu'il rêve de soul et de R&B, mais il est condamné à ramer dans le même petit bain. Et à tourner en rond. A moins d'abandonner les boucles. Un peu comme ces gens qui font de l'electro parce que... grâce aux logiciels à tout faire, aux aides numériques à la composition, etc, parce qu'ils ne seraient certes pas foutus de faire autre chose ! Et pas pour poursuivre l'oeuvre de John Cage, de Varese ou de Jean-Jacques Perrey. Il est plus facile de recopier à la suite l'une de l'autre cinquante fois la même boucle de trois secondes pompée à Earth, à Wind ou Fire, à qui on voudra, que de concevoir une chanson nouvelle. A l'arrivée, on a trois minutes d'un truc qui ressemble certes à une chanson... Enfin, et pour cause, aux trois premières secondes de "Sex Machine" ou "Mother Popcorn" ou "Trouble" de Marvin Gaye bégayées, répétées à l'infini. Un disque rayé ?
Disque rayé ? Tiens, parlons du scratch alors ? et des DJ qui... Nan, soyons indulgents, ce n'est pas parce que les années quatre-vingt-dix sont finies et que pour faire rire en société... il suffit désormais de lâcher les mots Massive Attack ou Moby que...
N'empêche, une chose est sûre, puisqu'on parle de la mort du format chanson: depuis la fin des années 80, au bas mot, le rylhmique a pris le pas sur tout le reste. Si on excepte Oasis, Paul Weller et deux ou trois britpoppers... Difficile de trouver dans les charts une chanson aussi aventureuse harmoniquement, aussi riche... que n'importe quel hit de la fin des sixties. Que n'importe quoi d'Abba aux Seekers, que n'importe quoi jusqu'à "Imperial Bedroom" de Costello, ou "Airport" des Motors. Que n'importe quoi jusqu'au début des années quatre-vingt donc.
Jouer avec un clic, tout enregistrer dans un séquenceur type Cubase, utiliser des boucles : toutes ces facilités avaient donc bien un prix. Comme de renoncer à une mesure qui ne soit plus un 4/4 pur jus : c'est trop chiant à programmer. Et tant pis pour ceux qui auraient l'idée de composer une chanson façon "Don't Let Me Down" ou "I Want You (She's So Heavy)" pour rester dans le Beatles. Ces pieds manquants, ces mesures impaires, la grille de Pro Tools les vomit. Comme elle ne supporte pas la subtile accélération qui est le propre des grands batteurs. On rigidifie, on corrige à l'écran. Et tant pis pour le swing. Le paradoxe devait aller jusqu'à trouver nouveau le minimalisme de Dr Dre ou des Neptunes, de ne plus vanter dans les Beatles ou le Brian Wilson de 1965... que les gimmicks électroniques et l'art du studio. Parce que cela, l'époque le comprend et sait le faire : foutre des plugs partout et empiler des pistes pour cacher la médiocrité. Surproduire. Par contre, essayer d'analyser comment dans "Think For Yourself" ou "Penny Lane", les Beatles arrivent à faire tenir debout une telle succession de tonalités mineures et majeures et d'harmonies empruntées... décrypter le "Blackberry Way" des Move... ça, c'est une autre affaire.
Le secret des Beatles, comme de tous ceux de leur génération ? On aurait tendance à croire que grandir dans un monde où la musique est rare, et que le pire qu'il puisse lui arriver est d'être sirupeuse... ce n'est pas pareil qu'être confronté au déluge abâtardi qui forme l'inconscient collectif des jeunes gens d'aujourd'hui. Qu'avoir vingt ans dans les années quatre-vingt-dix, c'est avoir entendu, subi ou aimé, peu importe, aussi bien Papa Roach que Bach, Simple Minds que du grindcore, du funk comme de la synthpop. Tout et rien en un sens. Un monde musical où l'oreille se perd. On apprend en musicologie que mettre un musicien traditionnel, de gamelan balinais ou raga, peu importe, au contact de la civilisation... c'est le perdre. Inondé de trop de musique bâtarde, il en oublie vite son centre et ses principes. Le joueur de gamelan balinais se met-même inconsciemment - à vouloir jouer aussi vite qu'Yngwie Malmsteen... le grand guitariste de flamenco ressort comme une éponge ces bouts, ces miettes de mélodie aux harmonies bâtardes qu'a déversées la veille la télé allumée pendant qu'il dormait, et perd ainsi sa précieuse identité.
Les Beatles, les B Boys, les Move, Hollies, ou qui on voudra, ont eu la chance de grandir entre Bach et Eddie Cochran. Le pire, c'étaient les chansons de la BBC. Un monde où toutes les propositions musicales, via le classique et le jazz, avaient été faites. Attendant que la pop s'emploie à les réinventer. Où il ne restait plus qu'à les brasser, reconstruire tout cela. C'est leur miracle.
Bref, on en est là. L'art de la chanson s'en est perdu. C'est mon humble opinion en tout cas. Oh ! les années deux mille nous apportent comme une divine surprise. Quelque chose comme le retour du rock. Et de la fascination adolescente pour la chose. Voir sur les blogs des jeunes gens de vingt ans s'étriper pour savoir si les Beatles sont supérieurs aux Stones... Non ! Je n'aurais pas cru cela possible de nouveau. Et j'ai envie de tout pardonner par avance aux Brats, aux Naast, à tous ces gamins de dix-sept ans qui vous citent Count Five ou le live à l'Apollo de Harlem, à l'iPod rempli d'histoire et abonnés au NME. Ce qu'ils font sur scène... à dix-sept ans, je n'en donnais pas autant. Et ce papier est - in fine - pour eux. Puissent-ils y puiser une ou deux idées. Un déclic, un flash... Comme le jour où, au premier concert des Dolls.... Zox, premier bassiste des Dogs, lâcha que "Route 66" ralenti... c'était un blues en 8 mesures. Et qu'on pouvait donc jouer "It Hurts Me Too" dessus... Ou celui où Vincent Palmer me fit remarquer que tous les groupes de 1977 ne faisaient pas sonner convenablement leur "Louie Louie", l'hymne de cette année-là... Parce qu'il convenait de jouer sol - do - ré mineur - do... Et non point sol - do - ré - do... (Avec un ré tout court, le morceau est en sol. Ainsi joué, avec le ré mineur, il devient un morceau en do... Tout l'équilibre en est changé.)
Oui. Un flash. Parce que là sera leur écueil : écrire des chansons.
C'est que... des types qui ont le son, de l'énergie, la foi.... On trouve de tout, aujourd'hui. Et même des coupes de cheveux convaincantes. Mais des chansons. Non, pas trop...
Comment dire ? Jack White a un putain de son et de toucher, et quand il part en solo : no probs. Mais quand les gens se lèvent, oui ressentent quelque chose, c'est quand il joue "Jolene" ou "Saint James lnfirmary". Pour moi, Bloc Party ou Franz Ferdinand ne sonnent pas délicieusement eighties... Non, ça sonne simplement mal foutu. Comme ces anciens punks qui découvraient les machines ' imparfaites de ce temps-là et faisaient ce qu'ils pouvaient avec.
Désolé pour ceux qui n'ont jamais touché une guitare ou essayé de comprendre et connaître la mécanique qui régissait leur émotion. Je ne suis pas sûr que ce papier les fascine. Stephen Hawking disait que pour chaque équation qu'il était obligé d'inclure dans son livre "Une Brève Histoire Du Temps", les ventes allaient en être plombées. J'ai un peu le même problème avec ce papier. Mais difficile de faire ici l'impasse sur les grands principes qui régissent la tonalité, l'harmonisation, la théorie musicale. Difficile, en un mot, de ne pas citer de suite d'accords. De parler de musique sans entrer dans le lard de la chose.
Quelle est la dernière grande chanson que j'ai entendue ? Au fond ? En vrai? Je ne parle pas d'une tournerie sur un sample, je ne parle pas d'une impro sur un riff qui tourne en boucle. Non, une chanson ! Avec le pont qui module, la coda comme dernière flèche du Parthe. Le chorus qui s'envole. Un truc avec les trois ou quatre mêmes accords que toujours, mais qui en renouvelle une fois encore la magie.
Comme les Beatles, tiens ! Oui, les Beatles encore et toujours. "Yer Blues" aurait pu être un blues comme un autre. Mais voilà. Ce blues en mi, si Lennon l'avait joué comme tout un chacun, il aurait conclu chaque tour de blues par un si. S'il l'avait tourné plus jazzy, on aurait pu attendre fa#7 et si 7... Mais bon, cela aurait été votre blues prévisible, quoi. Façon Stevie Ray Vaughan, les Fabulous Thunderbirds ou qui on voudra.
Non, au moment critique, Lennon lance un sol. Un accord de sol qui lui plonge enfin dans le si nécessaire. Celui qui conclut la cadence. Et c'est cela qui change tout. L'accord de sol, en principe, est étranger à la gamme de mi.... Cela n'aurait pas dû sonner. Mais dans le contexte, il est comme un halètement, une suspension... On plonge : et c'est ce que Lennon voulait : la conclusion de son blues... les paroles en sont comme un gouffre. Cet accord inattendu nous y précipite, plombe la tension. C'est la porte de l'enfer. Rien de moins.
Oui, une chanson, disais-je... Non mais récemment...? Nick Cave ? les Strokes, à la rigueur ? Weller encore ? Oasis ? Suede, Pulp, Blur ? Tom Waits, tiens ! Les Libertines ? Laissez-moi réfléchir... Nan... la question peut donc être posée. C'est qu'on parle d'une grande chanson ! Du genre de celles dont l'originalité vous épastrouille et dont la mélodie s'impose. Qui fasse autre chose que ressasser le minimum syndical des sixties. Les Libertines, après tout, ce n'est jamais plus que quatre accords. Et les plus prévisibles.
Bon d'accord, Clash, la première année n'en offrait pas plus. Mais bon... à l'heure d'aujourd'hui, je cherche encore.
Au moment critique, Lennon lance un sol
Trois accords! Et money chords : Commençons par les racines. La source. L'évidence. Tout est affaire de trois accords, au fond. Les trois mêmes vieux accords. Toujours les mêmes quelle qu'en soit la tonalité. Non, il n'y a pas les trois accords du blues. Ou du rock. Ces trois accords, mi-la-si... Ou la-ré-mi, ou do-fa-sol, ou sol-do-ré, ceux qu'on appelle les money chords puisqu'ils suffisent à faire un hit... sont universels. Ils sont là depuis toujours. Enfin, depuis le Moyen Age. Et les troubadours. Depuis qu'il y a des chansons. Et que Bach, le vieux bigot, en a unifié les tonalités avec le clavier bien tempéré. Depuis... Le Clash, Annie Cordy, Throbbing Gristle ou Britney Spears, votre ballade celtique préférée, le funk, Marilyn Manson ou le best of de l'Eurovision que vous écoutez présentement... tout répond à la même logique ! Même par défaut. Celle, donc, des trois accords. C'est - comme le dirait Lennon encore - la première chaise, que ces trois accords -là. Basés sur les trois degrés principaux de la gamme.
Il y a, pour commencer, la tonique, d'où tout part et revient, l'état stable. En do, cela sera le do, donc... en mi, cela sera un mi-,Tout part de là pour raconter quelque chose.
Parce que toute musique est un voyage, un déséquilibre, la résolution d'une tension. Tous les sentiments humains, toutes les émotions vont pouvoir être racontés... Rien qu'avec le jeu entre ces trois accords. Départ du do, donc. La tonique, le 1et degré de la gamme. Et puis la sous-dominante et quatrième degré, première étape du voyage, le fa. Et enfin le troisième accord, la dominante, le sol, cinquième degré... Qui conclut l'affaire et permet de retourner à do, notre tonique. L'état parfait de stabilité.
Oui, toutes les visions, tous les espoirs, tout ce que la musique transporte est basé sur cette logique, ces trois accords pivots. Tournés dans tous les sens, évités, suggérés, calcinés. Tout. Rien qu'avec... I degré, IV degré, V degré. Gamme, degrés ? Do ré mi fa sol la si do: comptons sur les doigts... Do est le 1er degré (la tonique), fa est le quatrième (sous-dominante, première étape etc), sol, le cinquième, la conclusion. I, IV et V, donc. Et je me souviens avoir vu Charlie McCoy dirigeant le grand orchestre de Nashville... Rien qu'avec une main. Un doigt dressé... II fallait rester en do. Quatre doigts, il convenait de passer en fa. La main entière ? c'était le sol.
Au début donc, on l'a vu, il y avait les trois accords, I, IV, V. Joués dans tous les sens. Et puis, partant du blues strict pour arriver à la chanson... on a rajouté un VI mineur (do# mineur pour mi, ou la mineur pour do...) pour ce qu'on appelait l'anatole : la ballade doo-wop, le twist, etc. la chanson, donc ! en opposition aux rocks. dofa-sol pour le blues-rock et le folk, do-la mineur-fo-sol pour la song... Et puis basta ! Le rock des fifties peut se résumer à cela. Quasiment. Douze ou huit mesures, seize quand il s'agissait d'une chanson plutôt que d'un blues, le three chord trick, les trois accords présentés en riff, comme dans "Louie Louie" ou "La Bamba"... Avec, parfois, un pont qui partait sur le fa, revenait au do, concluait au sol avant de repartir sur le couplet...
Et la messe était dite. Grosso modo. Quand Buddy Holly ("Peggy Sue") ou Carl Perkins ("Honey Don't") osent la case d'à ce (sok donc) avant de retomber sur le sol, c'est la fin du monde. Oh ! il y a bien, parfois, quelques substitutions aventureuses, quelques accords de neuvième ou de septième (après tout, sur une guitare, cela se fait d'un doigt), quelques plans venus du jazz... Il est permis, après le do, de remplacer le lamineur par un 1a7, ou par un mi7, le fa par un ré mineur.... Mais la base du rock - de tout en fait - c'est quatre accords. M et puis... la spanish descente ! comme dans "Hit The Road Jack". Cette suite (ta mineur-sol-fa-mi... OK ? en montant, en descendant) qui habitera tout le rock à suivre. De °Walk Don't Run" à "Don't Let Me Be Misunderstood", "Sunny", jusqu'à "Stray Cat Strut" en passant par "All Along The Watchtower" (à quelques modulations près)... Jusqu'à "Sultans Of Swing". Jusqu'au pire donc.
Au pire ? non ! Il y a pire : Saviez-vous pourquoi cette fameuse séquence est celle de quasiment tous les morceaux de trip-hop et assimilés ? Parce qu'on peut coller n'importe quoi dessus. N'importe quelle boucle. Sans se préoccuper de la tonalité. Les règles de l'harmonie font que cela paraîtra toujours juste. Au pire seulement un peu dissonant... Enfin dissonant façon George Martin. Comme si on le faisait exprès, quoi. Tout bénéf, en somme. Donc, trois accords, une descente, l'anatole... Les Beatles à Hambourg ne connaissaient que cela.
En partant de ce patrimoine fifties, ils - nos Beatles - en l'espace de trois ou quatre saisons, vont réinventer toute la musique occidentale, tout retrouver d'oreille et d'instinct Rien de moins. Et refaire le chemin qui va de Bach à Varese, pour faire court.
C'est qu'il faut voir l'histoire de la musique comme une conquête progressive de la dissonance. Jusqu'à la rupture. Les trois fameux accords, chacun va les tordre dans tous les sens, les suggérer, les éluder, les inverser, les réinventer, afin de toujours créer la surprise. Chaque génération repoussant les limites. Ce qui était osé, mais acceptable aux oreilles des contemporains de Liszt semblait faux pour ceux de Mozart...
Jusqu'à Wagner et Debussy, l'extrême limite de la musique occidentale. Eux utilisent des gammes parallèles, devinent les harmonies les plus lointaines, disloquent le concept même de mélodie. Au-delà, c'est le bruit On ne peut aller plus loin : c'est que l'oreille humaine répond à des lois précises. Des lois retrouvées par un savant sourd, Sauveur. Qui, en faisant vibrer une corde nouée, avait deviné les harmoniques. Jusqu'à l'impalpable, les onzième et treizième dièse ou bémol (comme d'habitude.. compter onze à partir du do... la onzième dièse, c'est donc le fa #... get it ?). Au-delà, on ne ressent plus de lien avec la note originelle. Après eux, c'est donc l'impasse... Comme la musique ne peut plus évoluer. On l'appellera classique désormais. Parce que comme pour le rock et le jazz plus tard... Tout est dit, la forme est figée. Ne peut se dépasser. Wagner et Debussy inventent tout. Comme ces accords ambigus, augmentés ou diminués (l'accord de Tristan, qu'on retrouve dans "Purple Haze", le mim75b, qui semble appartenir à plusieurs tonalités, et qui peut donc servir de pivot, entretenir le suspense. Oui ! Un accord de si diminué, c'est les notes de si, de ré, de fa? On peut donc les entendre comme le V de mi, mais aussi le III de sol, le VI mineur de ré... Grâce à ce principe, on peut moduler, concevoir des montées infinies, briser le cycle des quintes (ah ! aurais-je oublié cette notion ? Jouez "Hey Joe"... du do 7 jusqu'au mi. Oui do-sol-ré-la-mi. C'est cela un cycle des quintes, à l'envers, mi-lo-ré-sol-do donc, c'est "I Will Survivel. Moduler? Montées irrfinies, disais-je ? C'est "Tannhàuser"... Comme la Tamla Motown. Ou les Beatles.
C'est "Jumpin' Jack Flash" comme "Because" (que Lennon emprunte à la "Sonate Au Clair De Lune", mais jouée à l'envers), "Tin Soldier" comme "Wonderwall" ou "Sunny". C'est aussi "Temptation" version Everly Brothers, "Eloise". Maîtriser la modulation et les montées, c'est maîtriser l'urgence...
Donc, toutes ces inventions, ces concepts venus du classique, le rock des sixtes va les faire siens. Les utiliser, les réinventer. Paul McCartney ne sait pas qu'on peut inverser un accord et d'un do jouer à la basse le sol (la quinte de l'accord, donc...) plutôt qu'au do tout bête ? Mais son idole James Jamerson de la Tamla le fait, il piquera donc le plan. C'est une cristallisation, une émulation commune et générale, chacun copiant immédiatement le voisin génial. Trois cents ans de classique et de prodiges harmoniques sont là, prêts à être pillés. Ainsi les critiques classiques se sont esbaudis sur ce coup de génie des Beatles, le fameux accord de "A Hard Day's Night" : ce fameux ré 7 sus 4... Ou serait-ce un fa add 9, un sol basse fa ? Non ! un fa add 9 basse ré! On ne sait vraiment.. Ils ne pouvaient comprendre : Le secret-si je puis me permettre - était dans l'accordage de la douze-cordes de George, certes... mais aussi dans la note que joue Paul, et dans le polychord ainsi créé par l'association des deux... Le rock créait sa propre logique. Mélange de naïveté, de nécessité et de citations, encore une fois. Ailleurs ("l'll Get You"), les Beatles concluent un 1er degré, un I (ré en l'occurrence) par un V mineur au lieu d'un V... La mineur 7, donc, après ré. Cela remonte au 17e siècle, à Monteverdi. Mais cela, McCartrney ne le sait pas... le plan, il l'a piqué à Joan Baez ("Ail My Trials") ! Tout simplement. Lennon le transcendera dans "Strawberry Fields Forever", et puis il deviendra un cliché psychédélique. Quasi-synonyme d'atmosphère défoncée. Une grande part du son de l'année 1967... C'est ainsi qu'est née la pop moderne, les autres n'auront plus qu'à suivre.
Et puis les Beatles.... inventent le metal moderne le grindcore et Metallica. Oui. Rien de moins. On a coutume de prêter aux Kinks, aux Who l'invention du hard rock... la légende veut qu'en systématisant les principes d'Eddie Cochran et de ses riffs, en jouant le three chord rock façon "Louie Louie" plus lourdement... ils aient donné naissance à toute la suite, de "Born To Be Wild" et "Purple Haze" jusqu'à Metallica (burp) et Slayer ou Slipknot C'est faux. Ceux-là ont popularisé électricité et la distorsion... certes. Mais les suites d'accords, la mélodie, le principe même du hard moderne... Non, encore une fois, le mérite en revient aux Beatles. Qui ont utilisé très tôt le troisième accord de la gamme, en le bémolisant, et l'ont mêlé au non moins osé VI bémol. Oui, c'est cela, les suites d'accord façon mi-sol-la-ré donc ou mi-résol-la comme dans "Back In The USSR". Le rock moderne, depuis Hendrix, Cream est basé dessus... Et les Beatles l'ont introduit... Oh, dès "Please Please Me" et "it Won't Be Long" ! En 1963, donc. Avant "I Can't Explain", "You Really Got Me", "Ail Day And Ail Of The Night" et les autres qui l'utiliseront d'une manière ou d'une autre... "Gimme Some Lovin" ! "Sympathy For The Devil", "Dear Mr Fantasy" !"Proud Mary" ! Les Beatles ont pompé le plan aux Everly Brothers, à "Bye Bye Love" ? Mais pour les frères magiques, il ne s'agissait que d'une intro. Les Beatles vont systématiser le procédé. Ensuite, à partir de "Helter Skelter" ou de "Brontosaurus" des Move, le plan va peu à peu devenir presque synonyme de metal et de hard rock.. jusqu'à "Paranoid", jusqu'aux Pistols et "Nevermind"... Jusqu'au moment où Metallica et les autres vont prendre l'habitude de jouer sans que la notion de tonalité existe vraiment. Comme si tout était permis puisque de mi, rien n'interdit à glisser jusqu'à ce sol qui pourtant n'est pas dans la gamme, d'aller au ré. L'effet, certes, cette dissonance, en a perdu de sa force, puisqu'elle n'était plus mise en situation, que ces accords impromptus, nos chevelus ne se donnaient plus la peine de les résoudre. Alors, on a compensé par le volume, en accordant les guitares le plus bas possible, en compressant le son au maximum. On en arrive alors à Korn, à Manson. Pour éviter que la dissonance choque, tous ne jouent plus, de toute façon, qu'en powerchords, c'est-à-dire sur les deux grosses cordes en oubliant la troisième et les autres... qui donne la tierce et définit donc l'accord et oblige de se préoccuper de l'harmonie ! Alors que, par exemple, dans notre "Yer Blues" que nous retrouvons là.. cet accord est celui de la fameuse chute en enfer évoquée plus haut.. du `If I ain't dead allready':.. Rien n'est gratuit : le sentiment à exprimer appelle l'accord.
Il est probable qu'on n'ira pas plus loin que 'Ghost Town" des Specials ou qu'Abba, tiens ! Pas plus loin que les derniers stylistes du début des années 80. Qui ont repris la leçon des Beatles et l'ont poussée jusqu'à terme. Les Beatles... qui avec la suite d' "Abbey Road" ont conduit, il semble bien, les principes de la composition pop ou rock jusqu'à leurs absolues limites. Les meilleurs aujourd'hui, en apparence, ne peuvent que ressasser le trésor perdu ? Mais il est probable que les Beatles et leurs géniaux suiveurs, de Jimmy Webb à Roy Wood ou Bowie, nous en ont pourtant donné assez pour que les années deux mille aient droit, elles aussi, à leurs chansons. Il faudra peut-être oublier les machines et leurs facilités réductrices, de toutes les façons se replonger dans les racines... je ne sais. Après tout, déjà, en son temps, le punk rock, sans parler du grunge, a eu à tout réinventer.. en partant d'une formule déjà achevée, d'une messe déjà dite, en puisant dans un patrimoine. Pote Doherty et les autres en sont au stade de Clash avant "London Calling". Il faut leur faire confiance : aux dernières nouvelles, notre fumeur de crack préféré écoutait Jimmy Webb et Gram Parsons... C'est que... Tiens ! restons en mi, sans se préoccuper de la tonalité originale, histoire de simplifier le discours... Mi-soi-la, c'est "Green Onions" comme "Purple Haze" ou "Bang A Gong", mais aussi "You Ain't Seen Nothin' Yet" ou "I Am The Walrus" ou... On ne s'en lasse pas. Do #mineur-la-si-do #mineur, c'est "Because The Night", "Shake Your Booty" ou "Wishin' Well" de Free, comme "Layla" de Clapton ou "I Am Eighteen". Mais avec un fa #mineur à la place du la, c'est "Friday On My Mind". En inversant la suite, cela donne... Oui, c'est sans fin. Ou presque. Et les accords de "Can't Stand Me Now" des Libertines (mi-la-si-do#mineur) sont les mêmes que l'anatole doo-wop des fiflies, que les quatre accords de base qui ont tout commencé. Pourtant, ils arrivent à faire sonner cela assez frais pour que des jeunes gens montent embrasser Carl Barât sur scène. Les Libertines agissent comme s'ils avaient tout oublié. Les pédales sur les guitares, comme les machines. Comme s'il convenait de repartir de zéro : la chanson. L'attitude. Et point barre. Period. Cela avait plutôt réussi au punk...
Ne sous-estimons donc jamais le pouvoir du rock. Tant que l'Art de la Chanson ne meurt pas.
PATRICK EUDELINE
17 mars 2007
Définition
Endive n.f. L'homme qui s'adonne à l'endive est
aisément reconnaissable, sa démarche est moyenne, la fièvre n'est pas
dans ses yeux, il n'a pas de colère et sourit au guichet des Assédic.
Il lit Télé 7 Jours. Il aime tendrement la banalité. Aux beaux jours,
il vote, légèrement persuadé que cela sert à quelque chose.
- Pierre Desproges












